" Le chalet de Mamie "

Résumé de la fin de l’épisode précédent 
 
Les poules les plus heureuses du monde paraît-il. 
Les poules retraitées, non pondeuses ne finissaient pas en poule-au-pot, mais reposaient dans le cimetière qui leur était réservé : le carré bellepoule. 
Dans le milieu des gallinacés elles devaient se passaient très certainement le mot: "ici nous avons une belle mort". 
C’était des poules aux plumes soignées, on avait l’impression
qu’elles comprenaient en échangeant avec nous, et 
en gloussant sur plusieurs registres de sons. 
De temps en temps madame me surnommait mon poulet, je lui répondais en gloussant ce qui l’amusait énormément.

Episode 2

6 - Les tables étoilées d’Ashki.
 
Marie-Eugénie disposait de son autonomie financière au grand désespoir des fils et petit-fils qui n’avaient aucun contrôle sur ses dépenses. 
D’ailleurs, elle veillait sur son indépendance la plus stricte en matière de gestion de ses revenus.
Heureusement que madame avait sa petite chienne Ashki pour lui tenir compagnie, lorsque je n’étais pas auprès d’elle.
Ashki avait été adoptée lors d’un voyage à Biarritz , je ne sais pas si elle aboyait en basque, en revanche elle aboyait trop fort trop souvent d’où son surnom d’ashki ce qui signifie : assez ou, ça suffit en Basque.
C’était une petite chienne-pressing, sorte de nettoyage lingual.
 Dés que sa maîtresse laissait échapper de la nourriture ou de la sauce sur ses vêtements, Ashki intervenait aussitôt . 
Ashki nettoie tout, Ashki s’occupe de tout du col au sol ainsi que sur les tapis. Cette petite chienne était multi "tâches" Quand elle s’ennuyait, elle revenait finir et lécher les "taches" anciennes sur les tapis. 
Très consciencieuse, c’était la seule chienne assurant un service après lèche.
 
Installés confortablement dans un restaurant triplement étoilé, avec Ashki, nous eûmes la surprise de croiser son petit-fils, un ex-polytechnicien qui fut tout aussi surpris de voir la note du restaurant.
ll leva les yeux au ciel m’accusant d’être complice de la dilapidation de la fortune familiale. 
Il ne prit pas pour autant à sa charge nos repas , en revanche, c’est  sa grand mère qui paya l’addition des deux tables.
Il est mal placé pour s’interroger me dit-elle à voix-basse , il perçoivent des salaires qui dépassent les dix millions de francs Suisse annuellement, ils ne vont pas gâcher mes vieux jours pour des broutilles.
Il est exact que madame Marie-Eugénie et moi même dépensions presque vingt mille francs suisses mensuellement à deux. 
Marie- Eugénie aimait les choses simples, fines, aimait que l’on aille droit au but .
Je vous rapporte l’incident qui était survenu en jour-là dans ce fameux restaurant étoilé. 
Un maître d’hôtel utilisant un langage plein d’emphase vint nous recommander le poisson du jour. 
Tout d’un coup, je ne sais pas comment ni pourquoi, s’il s’était  prit les pieds dans les mailles du filet de pêche, il n’arrivait plus à décrire avec des mots simples la recette.
Marie-Eugénie le remit en place en lui disant :«cher monsieur je ne veux pas savoir l’âge du patron de pêche, ni la puissance du bateau, je veux simplement savoir s’il me serait possible qu’on me le serve avec une garniture grenobloise, accompagné d’épinards et d’un riz pilaf ! » 
Le pauvre maître d’hôtel ne reparut plus à notre table, délégant une cheffe  de rang qui n’osait pas prononcer un mot. Il en fut de même avec le sommelier, un grand beau gosse auprès duquel Marie-Eugénie avait demandé une bouteille de bouzy rouge. 
Le pauvre jeune homme arriva à notre table avec un immense charriot à roulette ( sorte de grande vasque ) pour nous présenter ses vins . Je regardais les expressions du visage de nœunœuf et la distinction du sommelier qui essayait de nous fourguer un autre vin. 
Madame, me permettez-vous de vous présenter le château la feuille, un pur pinot noir. On part sur une note de sous-bois avec un goût de fruits rouges ! « cher sommelier, ne partez-pas ! servez-nous, je vous prie un bouzy rouge rapidement et rejoigniez vos sous-bois de fruits rouges »
Quelques minutes plus tard nous eûmes enfin notre rouge de Bouzy. 
Vous vous doutez, tout le long du déjeuner, notre sommelier fut très discret et se fit tout petit. 
Elle aimait se faire plaisir, j’en profitais. 
Nous ne sortions pas toutes les fins de semaine, mais quand même assez souvent.
L’aide à la toilette nous avait recommandé un tout nouveau restaurant dans la région. 
Nous décidâmes un jour de nous y rendre pour déjeuner.
L’accueil était désinvolte, inhospitalier on sentait presque qu’on dérangeait. On faillit partir, mais on s’installa près de la cheminée pensant être tranquille et au chaud. 
La très longue carte du restaurant ne nous rassurait pas. «Monsieur ! dit-elle au maitre d’hotel vous devez avoir une grande brigade de cuisine pour une carte aussi étoffée » Juste moi et mon apprenti ! C’a ne présageait rien de rassurant.
Nous ne prîmes pas de risques,  en commandant tout simplement une saucisse purée. 
Le pain arriva sur table tout juste décongelé, quand à la saucisse : elle était minuscule, à peine chaude et la purée très caoutchouteuse. 
Madame s’est levée puis, se dirigeant vers le patron lui dit :«vous me voyez ? oui madame ! eh bien vous ne rêverez-plus ». 
Nous avons emportés nos restes pour nourrir nos poules qui furent ravies par cette agape surprise. 
Comme écrit plus haut, nœunœuf, adorait que l’on cuisine l’œuf sous toutes les formes, à la coque, en meurette, en lait-au-poule, en omelette, en soufflé, à la neige, en gelée, frit à l’américaine et j’en passe. 
Nous n’avions pas à aller loin pour avoir des œufs frais tous les jours, il suffisait de se rendre au ”pouloudrome”  le domicile de nos gallinacés. 
Quelquefois, nous nous faisions livrer ou j’allais chercher un plat raffiné chez un grand chef étoilé avec une finition maison.  Nos diners étaient toujours escortés d’un Vosne Romanée "la Tâche" ou tout autre grand cru de Bourgogne de Mercurey.
Nous ne nous refusions rien, même pour accompagner des œufs au plat, en meurettes, ou le saucisson lyonnais aux pistaches ou truffé. 
Nous avions aussi une passion pour les coteaux champenois, avec une attirance toute particulière pour : le rouge de Bouzy en champagne.
Le Bouzy est un cru rouge de champagne de la montagne de Reims, c’est un vin tranquille dans l’effervescence de la champagne.
Il se boit frais et peut tout accompagner. 
Nous l’escortions de vieux fromages de gruyère, d’un taillé aux grebons ( spécialité de Suisse Romande) ou d’une assiette de charcuteries lyonnaises ou viandes séchées de montagne.
 
7 - Le pain sacré.
 
Un dimanche de grand froid, on sonna à la grille de la propriété. En l’ouvrant je me trouvais en face d’une dame amie d’une amie de madame. « J’apporte la communion de la part de monsieur le curé ». Je la priais d’entrer dans le grand salon avec la "sainte miche" auprès de madame. 
Elle sortit de sa poche une petite boite sommée d’une petite croix :  une custode contenant l’hostie consacrée. 
Face à Marie-Eugénie, elle ouvrit la custode et prononça: « vous avez demandé la communion ? Madame fit oui de la tête:  « ouvrez la bouche » ! elle déposa le pain azyme sur la langue en prononçant: «  le corps du Christ » puis elle se retira aussitôt. 
 
Madame faillit s’étouffer en s’exclamant : « elle distribue la communion comme un médicament ! donne moi s’il te plait un verre de porto pour faire passer cette pilule bénie ».
J’apportais un petit plateau avec deux morceaux de pain et deux verres de porto. 
Nous primes  en communion cette autre forme de communion un peu "réformée" ce qui nous fît bien sourire.
À partir de ce jour, j’ai demandé au curé du village de venir une fois par mois célébrer une courte messe suivie d’une communion sans procuration, en échange d’un grand diner et d’un billet de cent francs pour la paroisse.
J’assistais avec respect, en silence à une mini-messe "Vingt minutes chrono". Monsieur le curé avait toujours l’immense gentillesse d’apporter trois hosties. Je servais trois verres de porto que nous nous partagions, puis, je récitais avec eux le: notre père. Je disais la bénédicité au début du diner, il disait une prière au moment de se retirer. 
Après-diner, je le raccompagnais à la grille, je lui remettais l’enveloppe et un petit doggy bag pour son petit déjeuner. 
Merci me dit-il, "t’es une bonne personne, dommage que tu soies calviniste". Mon père c’est un moine catholique qui est à l’origine de la réforme, faut s’en prendre à lui ! 
Il me sourit puis, s’évanouit dans le silence de la nuit n’ajoutant plus un mot.
 
8 - La résistante anonyme.
 
Marie-Eugénie avait eu une vie très active, elle avait épousé un militaire Français par passion pour l’aviation et les uniformes. 
Au début de la guerre trente-neuf quarante-cinq, elle était retournée vivre en Suisse dans son pays avec son fils. 
La résidence était située dans une enclave Suisse sur la frontière franco-Suisse.
Pendant que monsieur volait au service de la France libre, elle servait en silence son monde libre . Elle menait discrètement au nez et la barbe des nazis, sa guerre aidant les réfugiés quelqu’ils fussent, ainsi, que les mouvements de résistances frontaliers . Elle m’avoua qu’elle avait donné et reçu beaucoup d’amour, je ne savais pas comment interpréter cette confidence, à vait-elle payé ou donné de sa personne ?
L’état d’esprit d’une personne à l’aube de sa vie est un bilan souvent contrasté, j’étais un témoin privilégié, un confident.  Les amis de mes enfants se confiaient à moi, aujourd’hui cette nonagénaire en faisait de même.
Un majordome doit savoir entendre, écouter, partager, quelques fois subir et ne pas subir. Je vous en  parlerais plus loin.
 
 
9 - La frontalière.
 
Sur l’autre coté de la frontière, vivait une dame de sa génération.  Épouse d’un attaché miliaire ex-pilote de chasse lui aussi, elle était habituée de la maison de nœunoeuf.
Toute ma vie j’aimais travailler dans l’ambiance militaire, j’aimais les militaires, leur sens du respect, j’aimais l’honneur et la fidélité qui accompagnaient leur ligne de conduite, elles rejoignaient mes valeurs familiales.
 
Cette voisine frontalière avait eu plusieurs enfants dont un grand jeune homme trisomique sourd et muet. 
Je ne savais pas lui donner d’âge. 
Ce garçon avait reçu une excellente éducation, il savait se comporter en société. À table,  il se tenait avec élégance et beaucoup de savoir-vivre .
La communication était difficile avec lui, malgré mon immense expérience en l’humain. St Exupéry écrivait que l’on ne voyait bien qu’avec le cœur alors, je reliais ma pompe cardiaque à mon regard, j’arrivais à le captiver.
Cet enfant avait une âme pure, un cœur pur, ses parents catholiques fervents, n’auraient jamais pu laisser Charles-Henry aux mains d’une structure médicalisée, ou d’une congrégation religieuse. 
Il vivait depuis sa naissance avec sa famille qui l’entourait et l’aimait sans conditions.
 
Jules
julesmountbrion@outlook.com
www.mystery-butler.com
https://www.instagram.com/julesmountbrion/
 
 
 Je vous retrouve prochainement avec un autre chapitre de mon éphémère emploi au service d’une femme au grand cœur.

The mystery Butler | Jules mountbrion

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