Résumé de la fin de l’épisode précédent:

 
Le réaménagement de la maison familiale.
À mon retour à Paris, ma semaine fut une semaine exceptionnelle, particulièrement enrichissante. Dans la carrière d’un majordome ce genre d’événement ne se produit jamais.  
J’avoue que je maîtrisais la maison, le volume, l’espace, j’appliquais mon bon sens, je m’adaptais á ces circonstances bien particulières. Un  immense et superbe chantier m’attendait....

Episode 36

1-Jules et le CP à l’action.
Imaginez une grande maison presque entièrement vide, imaginez des camions chargés de caisses, imaginez une quinzaine de personnes très compétentes, imaginez un  commissaire priseur d’une efficacité redoutable et un Jules en maître de cérémonie évoluant avec son tablier de gala.
Je décris le tableau d’une situation extraordinaire que je vivais pour la première fois dans ma vie d’homme.
Nous avions choisi d’être épaulés par un CP (commissaire priseur) parisien très connu. Les CP sont des professionnels précautionneux,  possédant un savoir-faire en logistique et en connaissance de l’art que je n’avais pas acquis à l’école hôtelière évidemment.
Désormais, je regarde différemment toutes les femmes et les hommes au marteau, leur élégance me touche beaucoup.              
Je m’étais intéressé de près à la restauration et au  traitement des œuvres, meubles et toiles. Le travail de conservation de notre patrimoine me passionnait. Ce ne fut que du bonheur de voir à l’œuvre ces artisans hautement qualifié, possesseurs d’un savoir-faire ancestral dans tous les aspects et formes de l’art. Les compagnons du devoir, les maître des métiers du patrimoine me fascinent.
J’étais pleinement acteur d’un sublime chantier.
Souvenez-vous :  il y a quelques chapitres, c’était le déménagement, puis notre gentil exil en Dordogne. 
J’avais eu la chance de suivre l’avancement des travaux, de faire mes coups de gueule, de conseiller ( avec bon sens) les entreprises, de suivre les compagnons, aujourd’hui c’était la renaissance. Pour la première fois dans la vie d’un majordome, je vivais une sorte d’apothéose. J’imaginais les complémentarités et les rivalités qu’il pouvait exister dans des musées. Mais moi, j’étais une sorte de petit conservateur néophyte, je n’en perdais pas une miette, je me contentais d’être un témoin oculaire privilégié.

 
2-     18 brumaire an IV.
La maison familiale n’avait pas connu de lifting depuis sa construction fin XVIII, entre le directoire et le consulat. La bâtisse avait été achevée le jour de la prise de pouvoir par Bonaparte, le 18  brumaire an IV. 
Cet espace de temps,  dans la première république précédant le premier empire, avait été une période de reconstruction et d’organisation d’une France post-révolutionnaire meurtrie. L’origine et l’expansion de la fortune de la famille avec laquelle que je vivais avait débuté en même temps que le nouveau régime républicain.
" Fluctuât nec mergitur", quoiqu’agitées par les flots, la dynastie familiale et la maison avaient connu  20 présidents, cinq républiques, deux empereurs, trois rois, l’état français, et cinq gouvernements provisoires, sans jamais sombrer...
La traversée de l’histoire par cette famille me faisait penser à cette phrase extraite des mémoires de Talleyrand ( 1754-1838) :  «Je me suis mis à la disposition des événements, tout m’indifférait pourvu que je restasse francais». C’était une famille exceptionnelle, j’étais fier d’être à leur service. J’étais fier de voir leur indépendance. Isidore disait toujours qu’ils étaient amis avec tout le monde, et amants  de personne. Les expériences et les connaissances  acquises durant cette période ont été précieuses, elles m’ont permis de devenir un humain dans toutes les dimensions du mot. Je me suis découvert des capacités et aptitudes que j’ignorais, révélant un potentiel enfoui profondément en moi.


3- Grandeur et servitude. 
 
 
Juste avant l’installation, le petit-fils d’Isidore était venu voir le chantier, pensant décrocher un petit rôle. 
Le CP lui avait gentiment recommandé de revenir dans deux semaines. J’avais rapporté à son grand père son désir d’être utile, Isidore m’avait répondu : «c’est un bon gosse, mais qu’il avait les dents longues un peu trop longues, il risquait de rayer les parquets...» 
Désormais, j’avais la chance de n’avoir personne de la famille dans mes pattes. Ils connaissaient très bien leur patrimoine familial, je savais ce qu’ils aimaient,  je savais surtout ce qu’ils n’aimaient pas.  Nous savions quoi et comment faire, nous maîtrisions totalement le chantier. D’anciennes toiles avaient été peintes pour la maison, elles réintégraient leur légitime place, tout comme certains meubles qui avaient été conçus pour figurer à une place bien précise, presque inamovible. Un rail élégant intégré au plafond permettait d’accrocher les toiles élégamment.
Tous les meubles étaient posés sur des épaisses coupelles d’un verre anti-chocs, ce système avait pour action d’éviter les coups du suceur des aspirateurs. 
La plus grande ou plus grosse partie du chantier avait consisté à la dépose de l’amiante, du plomb, du parquet de Versailles. Celui-ci avait été intégralement démonté, car les cadres de bois supportant celui-ci s’étaient affaissés. Les panneaux avaient été trop longtemps recouverts de tapis les privant de la cire nourricière.
Pendant l’installation une feutrine collée  protégeait les circulations, la bibliothèque, ainsi que la salle à manger. 

 
 
4- Conquête des étages. 
J’avais grandement râlé lorsque j’avais découvert des malfaçons avant de conseiller mon monsieur de changer d’architecte. Je m’étais indigné face à un ascenseur inadapté dieu merci, la nouvelle cabine était très spacieuse ce qui facilitait grandement l’aménagement des étages. Un élégant additif de construction le rendait accessible par l’intérieur et par l’extérieur. Au fur et à mesure de l’avancée des travaux j’adressais à Isidore un reportage photos et mes commentaires. Pratiquement seul, j’en profitais pour mener presque normalement une vie de famille. 
Tout au long de ces épisodes, j’occulte toute allusion à ma vie intime et privée, cependant, je ne menais pas pour autant une vie de reclus ni monacale. Je vivais une vie qui était grandement liée et calée sur celle de mon employeur, ça va de soi.
La chambre d’Isidore avait été transformée en une grande suite très confortable disposant d’un accès ascenseur direct en bout de couloir. Je résidais au dessous ce qui me permettait d’être auprès de lui rapidement. D’ailleurs j’ai toujours dormi les portes ouvertes, j’écoutais, j’entendais presque tout.
 La gouvernante était revenue du Périgord en grande forme,  elle retrouvait ses marques et ses habitudes avec un certain plaisir. Il y avait un vaste travail de dépoussiérage et d’organisation interne à la résidence.
Indépendante et responsable,  je l’assistais uniquement pour les lourdes tâches. 
Nous avions décidé entre-autre, de ne plus ré-installer les chaussures et l’ancienne garde-robe de feu madame. 
Il n’était pas utile de remuer le couteau dans la plaie; d’ailleurs mon monsieur, me remerciera d’avoir pris cette pénible et  nécessaire initiative pendant son absences. 
La mode changeant, nous avions retiré ce qui était démodé, désuet ou d’un autre temps pour Isidore. Les brocantes des temples seraient contentes d’avoir des vêtements à vendre ou à donner. C’est ainsi que je croisais un jour un sdf avec un manteau ayant appartenu à Isidore, que je reconnu grâce à la rosette de grand officier de la légion d’honneur ...
La nouvelle penderie avait été dotée de larges portes coulissantes, facilitant un accès fonctionnel, toutes équipées d’un éclairage par contact..
Les combles, autrefois greniers,  étaient devenues une belle et spacieuse salle de conférence sécurisée. Tel un bunker en étage, elle était équipée de toutes les technologies et connectiques du XXIéme siècle. Il était prévu de former le majordome au fonctionnement de cet appareillage passerelle avec le futur instantané. Je ne démontrais aucune impatience à m’instruire à ces nouvelles technologies.

 
 
5 - Isidore: La description de l’Humain.
« Je m’éloigne tous les jours un peu plus du berceau ». 
Pas loin d’être centenaire, il était d’une élégance exceptionnelle du haut de son mètre nonante.  
Entre-nous,  Étienne et moi l’avions gentiment surnommé le sphinx. Grand, noble, élégant, toujours tiré à quatre épingles, lorsqu’il entrait, c’était un phare qui enluminait tout ce qui était auprès de lui. Dés qu’il apparaissait le silence se faisait. 
Sa stature était dominée par des épaules larges carrées comme celles d’un nageur olympique. Il était une sorte de force tranquille apaisante.
En l’embrassant affectueusement, mon fils lui avait gentiment glissé à l’oreille: « je trouve que tu as une bonne tête ». Effectivement, il avait une bonne tête : une tête charismatique, elle était rectangulaire, taillée ou sculptée tel un bronze de Rembrandt Bugattti. Son visage était éclairé par des lèvres charnues et une coiffure de jeune premier. 
Depuis quelques temps, j’étais davantage omniprésent lors de  sa toilette matinale, on faisait toujours une revue de détail afin qu’il paraisse impeccable. Mais je percevais qu’il avait hâte d’atteindre l’orient éternel. 
Comme beaucoup d’hommes, il avait sur et autour de la pomme d’Adam, quelques poils récalcitrants. Je les épilais délicatement après avoir massé son visage avec mon cocktail d’huiles marocaines miracle. J’essuyais toujours mes mains sur son cuir chevelu pour le nourrir et le faire briller, ce geste rendait son visage et ses cheveux radieux. 

 
 
6- Son état d’esprit.
Je n’ai jamais entendu mon employeur dire du mal de qui que ce soi , il respectait ses adversaires, soutenait les plus faibles et les plus vulnérables. Tout le monde trouvait grâce à ses yeux.               Il admirait ses rivaux sans jamais les blesser. 
Je ne l’ai jamais entendu dire ni laisser dire un mot inélégant envers qui que ce soit.  Il était, la sagesse, la force, la beauté, il était mon mentor et mon parrain,  certains se reconnaîtront en cette formule.
Respecté, écouté par tous il était la référence en matière d’anticipation des événements, et de la vision à long terme pour son entreprise. Il disposait d’une capacité d’analyse hors normes.  Son ambition était de transmettre à son petit fils sa philosophie et le sens de la projection.
Aurait-il suffisamment de temps pour y parvenir ?                              Lors de séances de travail,  il tendait élégamment la perche à son fils ou son petit-fils afin qu’ils s’inspirent de lui dans leur élégance verbale et dans l’utilisation, la maîtrise du  juste et opportun mot.      Lors de joutes oratoires il remportait toujours le combat à ma grande satisfaction, à mon immense admiration.                          Pour résumer son fonctionnement, lorsqu’il devait aborder un sujet,  il se renseignait préalablement, afin de maîtriser l’ensemble des paramètres, il est vrai que notre petit ordinateur portable nous était d’un grand secours, lorsque je l’aidais à la rédaction de la planches. 
Lorsqu’on est on service de personnes aussi exceptionnelles on apprend beaucoup, on progresse. J’étais fier de servir cet homme exceptionnellement exceptionnel.                                                       
Son petit fils m’avait demandé mon avis pour savoir s’il pourrait un jour ressembler à son grand père ? L’atavisme est bien présent lui avais-je répliqué, mais ....
on en reparle au prochain épisode  ? 

The mystery Butler | Jules mountbrion

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now