«  La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes; il n’est qu’un luxe véritable et, c’est celui des relations humaines. »
A. de St Exupéry
J’ai beaucoup de chance d’être lu, aimé, critiqué, suivi, par vous toutes et tous. J’écris simultanément plusieurs chapitres sur mes différentes expériences tout au long de mes cinquante années de service. Prochainement, je partagerais avec vous toutes et tous des moments intenses, des moments de doutes, d’incertitudes,  quelquefois des moments tragiques. 
Vous êtes plus de 15 000 à être venu visiter ou à s’abonner aux tribulations de Jules. Le mot merci n’est pas assez fort pour vous exprimer ma reconnaissance.

Episode 32

1-La révision des nonante-cinq ans. 

 
Monsieur Isidore n’avait vraiment pas le temps de s’ennuyer, entre nos sorties en salles des ventes, les fêtes que nous organisions épisodiquement, et maintenant: notre nouvelle amie et nouvelle passion : la châtelaine du château d’en face.
La vie reprenait avec un rythme un peu plus soutenu, la routine s’estompait et rendait les journées plus courtes.
De plus, nous nous étions fait installer un computer haut de gamme hyper performant. Désormais, le monde entier était accessible en un petit clic de souris.
Je n’oubliais jamais  que notre boss compte-tenu de son grand âge s’éloignait un plus vite du berceau que moi.
Il n’y avait pas de soucis de santé particulier sauf la lutte contre le temps que nous avons toutes et tous à affronter. L’usure de la machine humaine devait être prise en compte sérieusement, surtout à l’approche des cent ans.
Le fils d’Isidore ( mon président ) communiquait avec moi presque tous le jours. Lors de notre dernier échange, il m’ordonna d’organiser un rendez-vous pour un contrôle médical annuel à l’hôpital Américain de Neuilly s/seine. 
Nous étions convenus lors mon engagement, d’être et de rester sur le pont de la fidélité & de la loyauté jusqu’au bout et de veiller, précieusement sur «mon job humain» : je m’y employais . 

 
 
En contact permanent avec le siège de la société, la collaboratrice du président, me tenait informé des vols planifiés.
En aucun cas, nous ne sollicitions l’envoie d’un jet pour notre bon plaisir. Si des collaborateurs du groupes avaient à survoler notre région, nous sollicitions d’être pris ou déposés au passage à Bordeaux ou Périgueux.
Rendez-vous pris, quelques jours plus tard, le jet de l’entreprise atterrissait à Perigueux.

 
 
2- L’élixir de jouvence.

 
 
Pendant qu’Isidore subissait son contrôle médical, j’avais un rendez-vous avec un autre médecin, un  spécialiste en compléments alimentaires. Par voie musculaire, il injectait deux cocktails tonifiants, suivi d’un lifting sous ou par acuponcture.
La surveillance médicale était mensuelle, cette forme de médecine permettait de maintenir en superbe forme toute personne au-delà de septante ans. J’avais tenu à subir moi-même ce traitement.
Grâce à notre bon docteur, Isidore restait bon pied bon œil, moi aussi. Quelques années après le départ de mon monsieur vers l’orient éternel, je suis toujours patient de ce grand médecin,lui et moi nous nous portons excellemment.

 
 
Toutes les fois que nous nous déplacions, nous prenions soin de lui, nous étions ses gardes du corps, gardes du corps au sens propre et au sens figuré. Il était évident qu’à son âge on se fragilisait, on devenait beaucoup plus vulnérable.
Toute chute pouvait avoir des conséquences gravissimes. Alors nous le protégions, et veillons sur sa personne en permanence.

 
 
3- Le chantier de la maison familiale.

 
 
Nous profitions de notre retour dans la capitale pour évidemment retourner au siège de l’entreprise familiale. Le retour d’Isidore était toutes les fois un événement. L’entreprise familiale se portait très très bien, sa cotation au «c.a.c.quarante» était confortable compte tenu des rachats, et des acquisitions dirigés de loin par Isidore grâce à la petite et magique souris.
La plus grande valeur du groupe  résidait essentiellement dans l’intelligence des ses dirigeants qui pratiquaient une politique offensive permanente. J’avais noté lors de mon engagement de la grande qualité des équipes, de la valeur des collaboratrices et des collaborateurs soudés autour de ses dirigeants. L’entreprise ressemblait à un aviron, tout le mode ramait en mesure en même temps vers la destination : performance et efficacité.
La pérennité de ses collaborateurs était aussi, et surtout une force vive essentielle autour d’une culture d’une confidentialité exceptionnelle. Cette chape de béton virtuelle était autour, au dessus, au dessous, elle était sans doute due à la sphère huguenote dont nous étions presque toutes et tous issus.
Comme je l’écrivais plus haut, dés que nous entrions dans la ‘’sphère sociétale ‘’ on pénétrait un espace dans lequel régnait la sérénité, l’harmonie, l’efficacité et une immense convergence vers l’intérêt général du groupe.
 Accompagnés d’Isidore, son fils et du petit fils, nous sommes allés constater l’état d’avancement du chantier de la maison familiale. Volontairement, je me tenais un peu à l’écart laissant les trois générations échanger tranquillement et commenter les travaux de la maison familiale.
Il ne m’avait pas échappé que le regard d’Isidore ainsi que celui de son fils me paraissait contrarié. Je ne posais aucune question, mon rôle étant de servir la famille, essentiellement Isidore.

 
 
4- Une séparation momentanée. 

 
 
Le soir-même, Isidore dînait  tranquillement en famille, je n’avais pas été prié de me joindre au diner.  Le président avait réservé pour Isidore et moi, une suite à l’hôtel « le Bristol» rue du faubourg Saint-Honoré à Paris dans le très chic huitième arrondissement, à deux pas du palais de l’Elysée. J’avais décidé de rester seul dans le salon de ce merveilleux palace et, de me faire servir un plat par le service d’étage en attendant le retour d’Isidore. Vers vingt-trois heure  le maître d’hôtel vînt desservir mon diner et me pria de rejoindre monsieur qui m’attendait au bar de l’hôtel.

 
 
La tribu familiale était réunie autour de l’ancêtre qui essayait de faire bonne figure. Je percevais un malaise, toutefois, je restais zen. 
Le chantier de la maison familiale n’avançant pas assez vite, on me proposa de suivre le chantier de la résidence de Neuilly sur Seine. Personne dans la famille n’était capable, ni désireux de s’investir dans le chantier colossal de la demeure familiale. J’avais été désigné pour être l’interface entre les propriétaires et l’architecte. Je maîtrisais l’ensemble du bâtiment des caves au grenier. Je n’avais pas de formation particulière en architecture à l’exception de mon bon sens, ainsi que mes expériences de vie.

 
 
Un majordome doit "s’approprier" &  impérativement s’adapter non seulement à ses employeurs, mais aussi à la maison dans laquelle il  évolue.
Cette décision inquiétait et déstabilisait Isidore. A son âge même en bonne santé, même « survitaminé », tout changement l’affectait. 
Le fils de mon monsieur m’avait recruté pour être au service exclusif de son père, mais: c’était mon boss. La contrariété de son père n’avait pas échappé au  fils. Pour le rassurer il dit : «Jules n’est pas obligé de rester à temps plein sur le chantier »
Pendant les mois suivants, j’alternais mes résidences une semaine en Dordogne, une semaine sur le chantier. Je résidais dans maison du gardien avec celles et ceux qui m’étaient chers.
Finalement cette séparation ne fut pas une sinécure, Isidore était un peu triste de me voir m’absenter, mais toujours content de me voir revenir comme un autre fils prodigue. D’ailleurs tous les vendredi soir, il était à l’aéroport ou à la gare pour m’accueillir chaleureusement. Et puis il n’était pas seul ! 

 
 
5-Le coup de gueule du Jules.

 
 
Question chantier, c’était une période un peu complexe, l’architecte en charge ne savait se mettre dans la peau d’un homme de nonante-cinq années, il ne transmettait pas aux corps d’états ce dont nous attendions précisément.
Un architecte si brillant ou si célèbre soit-il, ne vit pas, n’utilise pas la maison qu’il construit ou qu’il transforme.
Fils d’un grand blessé de guerre, je connaissais bien ce qu’une mobilité réduite ou un handicap imposait ou incombait comme adaptations.
Certaines anomalies, m’agaçaient : la cabine de l’ascenseur n’était pas assez grande pour accueillir un fauteuil roulant et l’accompagnant, certaines portes s’ouvraient dans le mauvais sens, les portes coulissantes n’étaient pas assez larges, bref j’étais 
devenu un emmerdeur gênant pour l’architecte.
Pour résumer et simplifier le tout, le maître d’œuvre avait engagé en sous-traitance des entreprises ne maîtrisant pas l’ordonnancement du chantier. 
Les ouvriers ne parlaient pas la même langue, certains s’absentaient pour prier, d’autres sous-traitaient à d’autres qui apparaissaient, disparaissaient sans que je sache ou ils étaient ni qui ils étaient.
Descendu rejoindre Isidore dans le Périgord, je lui faisais part de mes observations en émettant quelques réserves quand à l’intérêt réel de l’architecte pour le chantier. 
Lors du déjeuner dominical, cette fois-ci en privé, nous décidâmes 
de changer d’architecte avec un cahier des charges bien défini.
Nous avions porté notre choix sur un très jeune et brillant architecte. C’était son premier chantier il était seul avec moi. Lors de stages antérieurs, il s’était lié d’amitié avec des entreprises qui employaient des compagnons du devoir dans différents corps de métiers. L’architecte eut la courtoisie de nous associer à son choix Isidore donna son accord . Chacun dans leur corps d’état firent des merveilles en encadrant magistralement les équipes. J’appréciais
la méthodologie et la propreté du chantier, tout était rangé et nettoyé chaque soir à notre grande satisfaction. 

 
 
6- Pendant ce temps la vie continuait ...
  
La vie autour de mon monsieur s’organisait plutôt bien, je surveillais les ventes aux enchères sur la gazette de l’hôtel Drouot.
J’informais en temps réel notre Etienne qui faisait tout pour satisfaire son mon monsieur à lui. 
Isidore l’avait inscrit sans le prévenir  dans une auto-école avec un programme bien chargé alternant la théorie et la pratique. Trois fois par semaine Isidore se dévouait pour être son mentor á la conduite accompagnée.
Ce merveilleux gamin apprenait vite et bien à tel point qu’il obtînt brillamment son permis conduire en peu de temps.
Une surprise de taille lui était réservée ...Mais , je vous raconterai 
tout cela la prochaine fois ..

The mystery Butler | Jules mountbrion

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