Résumé de la fin de l’épisode précédent. 

 
Je remis toute ma petite équipe au travail pour bichonner cette demeure périgourdine tri-centenaire. Il fallait l’organiser convenablement, la mettre en conformité, la sécuriser intérieurement et extérieurement tout comme j’avais fait  à Paris.
Je n’étais pas un adjudant de compagnie, mais tout devait fonctionner à la militaire. Chacun à sa place au travail et efficacement. 
J’ordonnais le nettoyage (sécurisé) des toitures, des descentes (collecteurs ), des écoulements, des crapaudines (filtres des bouches d’écoulement ).
J’avais également donné des instructions concernant le ramonage des conduits de cheminées. Les hivers de Dordogne étant souvent rigoureux,
j’avais fait installer une réserve bois de chauffage et d’allume-feu conséquente.
Nous étions prêt à affronter l’hiver dans cette belle région bien au chaud.

 
Deux chantiers étaient prioritaires, la révisions des poutres supportant la toiture, les faîtages, ainsi qu’une chasse aux xylophages et aux squatteurs habituels des toitures.
L’autre mission consistait à l’installation de tableaux modulaires sécurisés, ainsi qu’une révision complète des installations électriques avec mise à la terre.
Monsieur Isidore avait un peu de mal à s’adapter à sa nouvelle vie, cela m’inquiétait. Je l’associais évidemment aux décisions importantes, qu’il me déléguait comme à l’habitude. 

Episode 28

1-La nouvelle vie de château.

 
Comme je l’écrivais dans l’épisode précédent monsieur Isidore était contrarié, il était éloigné de ses repères parisiens, de sa famille, de son entreprise, de ses habitudes, il fallait que je crée une vie sociale autour de cette résidence.
Au début, je restais sans cesse auprès de lui pour le rassurer, pour organiser son confort.

 
Je mis en place un protocole un peu plus strict afin de veiller sur sa tranquillité, afin qu’il ne soit jamais dérangé pour un peu ou pour un rien.  
Je distribuais mes instructions tous les lundis matin à l’ensemble du personnel: réceptions, repas ou notre absence, et on en restait là.
Le personnel au service d’Isidore comptait, un couple de gardien, un couple de cuisiner femme de ménage, une gouvernante, un majordome et son poulain en formation. Cela faisait sept personnes à disposition pour le service et le confort d’un « mon monsieur »
Il est vrai que la maison, la propriété, les dépendances, étaient immenses. 

 
Je contribuais à la formation d’Etienne ( le cycliste mouillé ) en lui confiant des tâches de service à table en tenue formelle et gants blancs. L’amalgame avec Josette fonctionnait à merveille, elle l’associait au ménage, blanchissage, lessives des tissus précieux. 
En quelques mois l’élève dépassait le maître. Monsieur me disait qu’il disposait d’une élégance naturelle d’un entregent exceptionnel. Isidore avait une affection de grand-père pour ce charmant et charismatique jeune homme, au regard franc, c’était une force tranquille. C’était inné chez lui de savoir reconnaître les priorités ainsi que savoir les planifier. Il avait compris qu’il était un élève privilégié d’une école qui n’avait qu’un seul élève.
Il savait, déboucher une bouteille, il connaissait les déférents types de verre, il connaissait l’accord des mets et des vins, enfin il savait décanter et servir les grands crus avec élégance.

 
Actuellement, lorsque je me déplace en ville, lorsque je croise ces filles et garçons à vélo avec leur hôte de livraison sur le dos,  lorsque je croise leur regards leur force, leur hargne, j’ai envie de dire aux recruteurs que ce vivier de battantes et battants est à prendre en considération avec très grands interêt .
Au dessus du cadre du vélo est aussi peut être aussi un futur cadre, ce sont des graines de chef, du terreau fertile, des valeurs sûres, des athlètes de la vie à regarder autrement.

 
Je prenais tous les repas avec « mon monsieur », presque en silence. Il était inutile de trop parler, j’étais devenu son clone, je captais ce qu’il me disait à demi-mot, je captais surtout ce qu’il ne me disait pas.
Tous les matins après avoir petit-déjeuner copieusement, nous consultions la presse locale, la gazette de l’hôtel Drouot, la presse internationale, surtout financière . 
Je suis tenté de citer cette phrase de Voltaire: pas de Suisses pas d’argent, pas d’argent, pas de Suisses. 
Plus tard dans la matinée, après la réception du courrier, je communiquais avec le siège de la société puis,  je notais ses instructions transmises aussitôt à son fils. 
Isidore avait envie de faire un maximum de choses rapidement, il craignait de s’éteindre sans avoir terminé l’essentiel. 
Il était terrorisé à l’idée d’être partiellement paralysé, ou d’être atteint sur le tard par une maladie dégénérative.
Il était presque totalement autonome, son cerveau fonctionnait à plein régime, de plus, il était doté d’une prodigieuse mémoire.
Il était très conscient d’avoir vécu & de continuer à vivre un vie d’exception. Il avait une famille unie et liée malgré quelques aléas ici et là. Il avait sus faire prospérer ses entreprises, les avait hissé au plus haut sommet de l’excellence, bénéficiant d’une renommée mondiale. 
Il avait son caractère, j’avais le mien. Malgré nos débuts difficiles, nous nous étions bien adaptés l’un à l’autre. Pour résumer,  nous nous étions adoptés réciproquement.  J’avais auprès de moi un grand gosse hyperactif de nonante années. J’en prenais soin comme d’un père.

 

 
2- Majordome et nurse à la fois. 

 
J’avais avec mon président une relation de loyauté, une loyauté réciproque étayée par la confiance. D’ailleurs, je le souligne tout au long de mes écrits, 
s’il lui arrivait quelque chose, un parachute doré couvrait mes arrières. Tout était ficelé en banque, chez les avocats et chez les notaires.
 ll n’y avait rien de plus frustrant pour un majordome de ne jamais recevoir de marques de gratitude et ou d’être viré, voire expulsé après le décès de leurs employeurs. Quelques collègues avaient partagé avec moi leurs déboires. 
Me concernant, j’avais habilement négocié ma loyauté ainsi que mon immense disponibilité.

 
 J’étais ravi de cet échange enrichissant non seulement pécunier, mais surtout et avant tout : humain.
Je donnais beaucoup, je recevais énormément. 
J’étais un factotum incontournable sans cesse en relation téléphonique avec des grands patrons, des décideurs, des politiques et, avec l’ensemble de sa famille. 
J’étais conscient de cette immense marque de confiance, qui me conférait surtout des devoirs et une discrétion absolue. 

 
Comme tout les matins, je choisissais ses vêtements en fonction de nos rendez-vous et du temps. Les grands tailleurs et chausseurs, de Londres, Zurich, Paris étaient toujours satisfaits de nous voir arriver trois fois l’an.
Nous avions une préférence particulière pour Charvet Place Vendôme ainsi que pour le chausseur John Lobb de chez Hermès fg St Honoré à Paris près de l’Elysée. 
Isidore aimait les cuirs qui s’exprimaient, il aimait toucher les étoffes, choisir les trames, aimait les matières avec une passion rare. 
Il est vrai qu’il est plus facile de choisir le beau ainsi que le meilleur du meilleur quand les moyens financiers sont sans limites.

 
Le bon marché rive gauche, était aussi une de nos adresse favorite on y trouvait tout et de tout ...C’était dans ce temple du luxe que nous faisions nous courses hebdomadaires lorsque nous séjournions en région parisienne.
Je veillais à la coordination des matières et des couleurs, j’étais aussi élégant que mon Isidore mais plus classique, sans apparaître comme un majordome trop austère.
Comme écrit plus haut, j’étais un officier d’ordonnance omniprésent aux petits soins. 

 
 Nous avions pris l’excellente habitude: celle de nouer des liens cordiaux avec les  commissaires priseurs locaux. Monsieur adorait l’ambiance de ventes aux enchères. Ce musée éphémère et bric à broc réunis étaient intéressants surtout lors des ventes courantes. 
Je prenais soin de réserver nos places dans la salle puis, nous entrions par le bureau avant la meute des brocs et des collectionneurs. 
J’avais préalablement et anonymement repéré les lots susceptibles d’entrer dans les collections familiales. Comme on disait dans le milieu : j’avais « pastillé » préalablement notre sélection.
 Je faisais l’acquisition de belles pièces pour enrichir ma collection de documents autographes et historiques.
Lors de la vente, on s’exprimait discrètement pour éviter la surenchère.
Le lendemain, ou le surlendemain nous recevions le commissaire priseur à domicile. Nous prenions le thé et prenions possession de nos achats de la veille en recevant à la résidence ce monsieur qui était ravi de ces échanges et de notre assiduité aux enchères. Nous étions satisfaits de cette relation culturelle qui rompait partiellement notre isolement. Nous étions au courant avant même la gazette, avant la mise en vente des pièces.
Nonobstant, nous ébruitions discrètement nos recherches auprès de brocs, d’antiquaires, de chineurs.

 
3-Les déjeuners, les repas, la vie sociale.

 
La gastronomie est omniprésente en France particulièrement dans le Périgord.
La nature à généreusement doté cette province de foie gras, truffes, cèpes, noix, châtaignes fraises, fromages de chèvre, du vin de pécharmant et de personnes particulièrement talentueuses en cuisine dont Joseph et Marie.
Les volailles, les porcs de Gascogne, le jardin potager, nous fournissaient
l’essentiel. Il fut décidé d’abattre un très gros porc pour étoffer notre garde-manger.
Monsieur insistât afin que le goret fût étourdis avant d’être sacrifié sur l’autel de la gastronomie ..

 
Toutes les forces vives de la maison et du voisinage furent mises à contribution pour transformer cette pauvre bête en pâtés saucisses, jambons, poitrine fumée et boites de conserves. Ce moment se poursuivra trois jours.
C’était une réunion conviviale à laquelle monsieur ne souhaitait pas être associé.
L’intendant-gardien du domaine prit la direction de la charcuterie ponctuelle et annuelle.
Une dizaine de canards et d’oies finirent eux aussi en confits, en magrets et en pâtés divers. Un fumet de cochonnaille envahissant parfumait la maison. On prit soin de calfeutrer toutes les chambres, fermer toutes les portes pour ne pas sentir le graillon.
Quand à nous, nous partîmes visiter un château bordelais dont la famille était actionnaire, nous en revinrent deux jours plus tard avec quelques caisses de grands crus.

 
4- L’automne, les arbres se mettent nus, la vigne-vierge rougit..
     Paul Morand.

 
L’automne est toujours un moment actif et festif dans les fermes du sud de la France et dans d’autres région de France et de Suisse.
Il y avait la cuvaison de la dernière vendange, suivie de la mise en fûts; puis le passage plus au moins clandestin du bouilleur de cru ambulant. 
L’alambic de cuivre distillait dans ses serpentins la gnole, les eaux de vie de fruits, de marcs que l’on redistribuait en échanges de services ponctuels.

 
Après les dernières conserves, les fermiers mettaient sur paille des fruits pour l’hiver. Quelques  semaines plus tard on ramasserait les châtaignes, les cèpes ainsi que les derniers raisins attachés à un morceau de cep lequel était suspendu  au dessus des autres fruits.

 
Monsieur et moi ayant quelques racines Suisses nous décidâmes d’importer de Suisse la cérémonie de la Brisolée.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette forme de culture, il s’agit d’une coutume, une fête autour de la châtaigne, comme il en existe ailleurs dans le monde, dans les Cévennes, et en Corse notamment. 
La brisolée, est un repas, presque une institution Valaisanne. Cette agape est composée de châtaignes rôties servies avec des fromages locaux, des viandes séchées, des fruits d’automne, arrosée de moût de raisins. Nous étions en Périgord le vin local était tout désigné. Notre choix de porta sur un château Corbiac : un pécharmant .
C’est un très agréable vin composé de différents cépages merlot, malbec et de deux cépages de cabernet, il est heureux en bouche, il vieillit agréablement, nous l’aimions à notre table. Etienne le servait dans de grands verres ballons à Bourgogne, il avait choisi ce mariage à la grande satisfaction d’Isidore.
Ce volume de verre exprimait pleinement ce château Corbiac.

 
Pour résumer,ce repas valaisan est une variante de brunch, mais à la Suisse. Pour l’accompagner nous avions commandé à notre boulanger des  taillés aux greubons . C’est une autre spécialité pâtissière des cantons de Vaud & Neuchatel, sorte de fougasse aux gratons préparée avec une pâte soit feuilleté, soit de pâte à pain. 

 

 
5- La fête du fruit de l’arbre à pain.

 
Nous étions convenu de recevoir, notre personnel et leurs familles, nos fournisseurs, les commissaires priseurs, nos voisins et quelques élus de la commune, soit une soixantaine d’invités autour d’une brisolée-souper.
J’avais parlé de ma vision de ce moment festif à monsieur qui trouvait que j’étais un peu illuminé, un peu fada. Il ne croyait pas si bien dire.
Mon équipe, la confiance d’Isidore, mon expérience, ma folie, mes relations me permirent d’organiser une fête : la fête de la maison d’Isidore.

 
Nous avions achetés d’anciennes toiles de parachute dans une brocante militaire pour décorer, orner le ciel (le plafond) du chai.
J’avais loué un ballon à air chaud qui resterait captif. L’équipage avait installé un système pour garder gonflé le mastodonte qui se repérait à dix kilomètres à la ronde. Un immense feu multicolore illuminait l’espace mais , je vous retrouve .....

The mystery Butler | Jules mountbrion

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