Résumé de la fin de l'épisode précédent.

 

La poudre d'Espelette.

 

Après avoir prononcé cette phrase presque prémonitoire, le temps se fâcha rapidement , ce qui est fréquent en bordure de l'océan.

 Le vent souffla si fort qu'il faillit arracher les moumoutes des messieurs, et ébranler les coiffures-échafaudages de ces dames.

Une humidité due aux entrées maritimes nous envahit tout soudain.

Nos invités décidèrent de lever le camps aussitôt et, prirent "la poudre d'escampette".

Monsieur & et moi restâmes stoïques subissant les événements.

Avec un large sourire monsieur me dit:" ouf nous sommes sauvés par le gong ..le gong du large".

Oui dis-je , ils ont pris la "poudre d'Espelette"...

Episode 18

1-Garde-robe de circonstance.

 

Bien que le peuple basque soit majoritairement catholique et pratiquant, pendant les fêtes pascales les magasins restaient quand même ouverts à Biarritz.

Deux cent mètres après les grilles de l'hôtel en remontant vers la place Clémenceau, des boutiques de marques attirèrent notre attention.

Quelques minutes plus tard nous étions élégants comme un père et son fils se rendant à un cocktail au bord de l'océan

Il ne souhaitait pas être vêtu d'une manière trop formelle pour rencontrer les camarades du lieutenant (son fils) tombé en Indochine.

Comme je l'écrivais précédemment, monsieur avait envie de cette rencontre mais il en avait peur, il redoutait cet instant.

 Je m'efforcerais d'être digne de sa confiance, je ferais tout pour le rassurer.

 

 

2-Fluctuat nec mergitur.

 

Dans l'hôtellerie et dans la restauration, ou au service de particuliers ils nous arrive quelquefois de faire face et d’affronter des situations non enseignées dans les écoles hôtelières, ni à l'école de la vie.

Comment réagir ? que faire ? quelles sont les bonnes et les justes attitudes à adopter ? Le majordome ( le professionnel ) doit être comme un bloc de granit.

Cependant, un majordome est et reste un humain avant tout .

Si on s'en réfère au film de James Ivory: "vestiges du jour" sorti en 1994; dans le rôle interprété par de Sir Anthony Hopkins, le majordome reste et, est imperturbable, il est la tour maîtresse du jeu, occultant toujours ses états d'âme veillant sur la barre "fluctuat nec mergitur"

 

 

3-Les préparatifs du jour J.

 

J’étais allé le réveiller sur la pointe des pieds. 

Tous les matins, j’avais la même appréhension, je redoutais de le retrouver définitivement endormi.

Je m’étais préparé à cette situation définitive si je peux m’exprimer ainsi.

Je savais comment gérer la fin de la fin, je savais qui appeler, j’avais envisagé ce terrible cas de figure, que j’espérais le plus tardivement possible.

Au cours des années passées à son service, je m’étais attaché à sa douceur, à son calme à sa présence.

Après nos habituelles et aimables courtoisies matinales, il m’avait laissé quelques minutes pour couler un bain avant de sortir du lit.

Je prenais toujours soin de placer au fond de la baignoire un drap de bain, une grande serviette éponge afin qu’il ne glisse pas.

 J’anticipais toujours dans les gestes précautionneux à son égard « la mort ne surprend pas le sage , il est toujours prêt à partir » disait J de Lafontaine, monsieur savait qu’il partirait un jour, mais il ne voulait pas partir seul.

Moi, je ne voulais pas qu’il parte seul.

 

Il s’est allongé dans le bain avec confiance il était paisible et serein.

Je l’ai gommé doucement, après un rinçage énergique suivi d’une douche glacée sur les pieds et sur les jambes, il s’est enveloppé dans une sortie de bain parfumée et douce comme une caresse de nouveau-né.

Je terminais toujours en massant son visage du cou vers le front avec une l’huile d’argan pure ramenée du Maroc.

Habillés class-cool, nous avons petit-déjeuné au fond du bar prés du piano. 

Il lisait les journaux pendant que je beurrais ses toasts avec du beurre demi-sel et du miel des aldudes.

Bon, lui dis-je, à tout l’heure, ne vous inquiétez-pas tout est en ordre, « je ne m’inquiète pas, soit prudent »

 

 

4-L'accueil des vétérans.

 

Je me transportais à la gare de Biarritz-la négresse pour accueillir les ex-militaires, sur le quai deux, face à la voiture deux.

J’étais ému au nom de mon Monsieur de recevoir les derniers témoins du drame, les survivants de l’enfer jaune, ainsi que leurs épouses.

Avant de rejoindre l’hôtel, je pris le temps de leur décrire l'état d'esprit dans lequel se trouvait mon presque nonagénaire employeur.

Cette rencontre étant essentielle pour lui, je les priais de bien vouloir occulter les moments trop sordides précédant la mort du lieutenant.

Je ne voulais pas revenir à Paris avec un homme blessé, mais plutôt un père apaisé et tranquille. Je voulais orienter cette journée vers un culte du souvenir à la mémoire d'un soldat tombé pour la France.

 Nous étions convenus de modifier les circonstances de sa disparitions afin de ne pas l’affecter.

 

5- mensonge pour servir l’histoire.

 

Dans l'intérêt de tous, j'avais souhaité une rectification des faits, j'avais sugeré un scénario éloigné de la terrible scène.

Le lieutenant avait été capturé, avait subi de terribles tortures avant d’être retrouvé agonisant par les hommes sa compagnie.

J'avais déjà abordé ces faits lors des discussions préalables avec chacun des trois survivants.

La version rapportée et présentée à monsieur, serait une version moins terrible: «Il avait été mortellement blessé par un engin explosif à la sortie d’une rizière».

J’étais conscient et complice à la fois, étais-je un salop pour avoir modifié l’exactitude et le déroulement des fait ? 

ou étais-je digne de sa confiance de sa famille en le protégeant ?

 

Lors de sa sortie de l’hôpital j’avais confessé au fils que j’avais menti & occulté quelques informations afin de ne pas le blesser.

La réponse de son fils avait été: ‘’mon père est un guerrier il sait que la vie est une plus au moins longue retraite devant la mort’’. Cette fois-ci, il s’agissait des circonstances de la mort de son fils ainé.

 

 

 

6-L’arrivée des familles au palais.

 

La barrière franchie, un émerveillement d'enfant envahissait leurs yeux, je percevais leur fierté d'être reçu à l’hôtel palais.

Nous avions demandé à toute l'équipe d'être accessible, de s'efforcer de mettre nos invités à l'aise avec simplicité et gentillesse.

 

J’ai choisi de ne rien écrire sur le déroulement de cette rencontre.

Je n’ai rien écrit tout simplement parce que je n’ai pas trouvé les mots et la force pour décrire les larmes et la peine d’un père et des camarades de son fils.

 

Il avait été convenu de nous retrouver tous ensembles chaque année à la date anniversaire de la mort du lieutenant puis, lors de la célébration de la fête de Saint Michel patron des parachutistes puis.

 

 

7-Avec honneur et fidélité.

 

Personne ne peut à l’exception d’autres professionnels, d’autres employés de maison, savoir la longueur des journées d’un majordome, surtout lorsque l’on s’implique à cent pour cent.

Vous ne pouvez pas imaginer l’immensité des taches à réaliser, à penser à longueur de journée.

La liste des petites choses essentielles que l’on doit gérer quotidiennement est très longue.

Nous sommes quelques fois des mères-poule indispensables.

 

Tout long de mes tribulations, j’essaie avec un certain humour,

malgré quelques fautes, de vous faire entrer dans la vie d’un ‘’logisticien familial’’ particulièrement particulier, au service d’une personne "particulièrement particulière"

 

 

8-Le soulagement de Mon Monsieur.

 

Nos invités partis, nous dinâmes en silence nous retenions nos larmes jusqu’au moment ou il sorti de son silence: « Tu sais, me dit il par bien des côtés tu lui ressembles, tu as une sensibilité semblable à la sienne, ta présence me rassure, il vit au travers de toi, vous avez beaucoup de points en commun dans la manière de percevoir et d’écouter l’autre »

Je ne m’attendais pas à cette confidence, je n’étais pas certain de la mériter totalement.

J’avais un peu honte d’avoir manipulé les survivants, d’avoir modifié les faits.

Après l’avoir accompagné dans sa chambre et l’aidé à se coucher, j’ai rejoint ma chambre.

Je m’habillais comme une momie, puis j’installais une chaise-longue sur la terrasse écoutant les vagues bercer cette splendide nuit basque. 

Le faisceau lumineux du phare caressait le rocher de la vierge que j’apercevais au loin sur ma gauche balayé par un rayon de lumière intermittent.

Je confiais à dieu-le-père mes prières, pendant qu’un chapelet de larmes se formait sur mes joues glacées.

The mystery Butler | Jules mountbrion

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