Résumé de la fin de l'épisode précédent

 

 

J'aurais voulu rester seul, les laisser entre-eux mais, mais insista afin que je soies à table. La majorité de ses intimes m'appréciaient d'autres, goûtaient mal de partager un repas avec un domestique mais, ils étaient rares.

Toujours avec finesse, il ne se privait jamais pour les re-cadrer, toujours avec une pointe d'humour. Il avait un sens innée de la provocation. 

Ce jour-là il parla d'une de ses amies retrouvée trois mois après son décès. Il en mit une deuxième couche en précisant qu'il y avait des mouches...et que le corps n'était pas beau à voir...

Il y eut un vent glacial à table tout soudain. Comme par hasard, je devins un convive sympathique, le rang social s'était effacé.`

Episode 17

1-Le déjeuner des octogénaires

 

Monsieur recevait à déjeuner quatre personnes deux veufs, deux veuves,

tous amis de son couple depuis avant la guerre.

La moyenne d'âge à table était de quatre-vingt-cinq ans, moi exclus.

Les deux dames avaient une étrange coiffure on aurait dit qu'elles supportaient un échafaudage sur la tête.

Leur poitrine était semble-il bien accrochée au balcon, c'était plaisant à voir.

Elles s'accoutumaient de mon regard coquin, ce qui ne les dérangeait pas du tout.

Monsieur m'avait demandé de ne pas trop les faire rire, il craignait que leur lifting se fissure et que leurs yeux atterrissent sur leurs joues.

Presque clonées, le même chirurgien avait revisité leur visage avec quelques retouches annuelles ici et là...

Au début du repas je pensais à deux sœurs, deux jumelles d'une célèbre duchesse, deux personnes dont le visage était figé pratiquement sans aucunes expressions, semblables à des statues de cire du musée grévin.

L'une d'entr'elles portait une attelle soutenant son bras droit.

Elle était ravie de me voir à ses petits soins, me sollicitait sans cesse pour lever les filets de sa sole meunière ou pour l'aider à déjeuner sans contraintes. 

Le club des quatre octogénaires étaient toutes et tous affables, sympathiques, instruits, mais d'une pingrerie effrayante. 

 

2-Les doggy bags.

 

Après le décès de leur moitié, ils s'étaient constitués en couple. 

Ils n'avaient pas d'enfants ni soucis, ils terminaient leurs vies de richissimes

seuls, attendant d'être invités pour rompre leur solitude. 

Ils compensaient leurs lacunes affectives en compagnie de petits roquets à quatre pattes, aboyant sans cesse; les petites bébêtes déféquaient sans prévenir de très petites crottes.

C'est ainsi qu'en glissant dessus, le bras d'une dame avait été fracturé.

Je faisais beaucoup d'effort afin de ne pas éclater de rire pendant le déjeuner.

Figurez-vous qu'elles étaient toutes les deux venues avec immense un sac à main, semblable à une trousse de médecin de campagne d'autrefois. 

Très organisées leurs besaces étaient équipées de petites boites qu'elles remplissaient glanant ici et là des reliefs de plats, officiellement pour nourrir les roquets.

On découvrira plus tard  qu'elles avaient aussi emporté des rouleaux papier-toilette, et quelques essuies-mains en éponge.

Ce coté écureuil-fourmis agaçait profondément monsieur. 

Il se plaisait à les taquiner en leur suggérant de nous inviter chez eux, ou bien de m'offrir des objets dont elles n'avaient aucune utilité et qui feraient assurément mon bonheur.

Une grimace apparaissait chaque fois sur leurs visages lorsque les mots don, donner, partager était prononcé, ce vocabulaire n'était pas dans leur culture.

Ce jour-là , monsieur insista afin que je leur remette ma carte de visite.

N'ayant pas d'héritier monsieur essayait de leur suggérer de me "coucher " sur leur testament puisqu'ils m'appréciaient beaucoup, dans l'esprit de ces dames le mot coucher avait sans doute un autre sens...

 

3-L'œuf en chocolat.

 

Toutes et tous étaient de vrai moulins à parole du style: moi je, moi j'ai ... J'avais l'impression d'être une potiche, je n'arrivais à en placer une.

En souvenir de feue son épouse, monsieur était presque obligé de les recevoir de temps à autre.

Il essayait de m'inviter à la conversation afin que je puisse m'exprimer, et participer aux discussions. Après plusieurs tentatives de sa part, je pus enfin placer un mot gentil.

Une année, nous eûmes un miracle, le quatuor arriva  avec une immense boite de chocolats enveloppée dans un somptueux  papier-cadeau.

Quelle ne fut notre surprise en découvrant à l'intérieur du coffret, la carte de visite de la personne qui leur avait offert les chocolats deux ans auparavant.

Monsieur éclata de rire en s'esclaffant : "le ridicule ne tue pas" . 

Il n'était pas possible de consommer ces chocolats, ils avaient avaient un drôle d'aspect blanchâtre. 

Nos poules en ont profité sans hélas nous pondre pour autant des œufs en chocolat.

 

 

4- Le souffle de l'après soufflé.

 

Après les soles meunières de l'océan, les haricots verts frais au beurre, on se fit servir un soufflé au chocolat. 

Le soufflé est toujours un moment festif et spectaculaire, comme pour un feu d'artifice; c'est le bouquet final d'un repas.

Je profitais d'une absence toilettes de ces dames pour suggérer au maître d'hôtel  l'idée d'un café gourmand sur la terrasse.

Sitôt dit sitôt fait, le maître d'hôtel nous installa une table au soleil.

 

La discussion n'était pas très folichonne, au début, elle prenait une orientation médicale; nos quatre richissimes étaient persuadés de rester jeune de longues années encore grâce aux vitamines, compléments alimentaires et injections miraculeuses d'un médecin européen.

Mon monsieur stoïque se réjouissait de ne point mourrir seul, de mourrir en bonne santé.

Tel un félin, disait-il, j'allais plusieurs fois la nuit dans sa chambre pour l'écouter ronronner, et m'assurer de son bien-être.

 

5-Ladies & gentlemen.

 

Nos invités avaient commencé a "édifier" leur fortune juste après la fin de la guerre 39/45, débarrassant les épaves militaires, munitions, carcasses d' 

avions, de navires sur tous les théâtres des opérations de guerre. 

 

A la libération, il  était impératif de relancer la machine industrielle, et produire. Il fallait reconstruire la France.

Les matières premières manquantes se trouvaient dans leurs immenses cimetières disséminés partout en France, et Afrique du Nord. 

Grace à ces immenses mines à ciel ouvert ils allaient contribuer à la renaissance industrielle en fournissant l'appareil industriel.

 

Nos deux "miladys" avaient racheté des trains entiers de cuirs et textiles en Italie puis, elles avaient acquis une fabrique de chaussures.

Par leur travail, leur intelligence, leur génie, ils avaient su anticiper et participer à la relance industrielle de la France. Ils s'étaient enrichis d'une manière tout à fait légitime. J'admirais ces personnes tout en me demandant pourquoi cette avarice tardive ? Avec quelle finalité ? 

Souhaitaient-elles un mausolée ?

J'avais finalement  réussi à m'exprimer leur assurant mon admiration pour leur carrière et pour les services rendus à leur nation, j'avais réussi à placer mon mot gentil. Comme c’est triste de mourrir seul et riche me disait monsieur.

Je savais pertinemment qu'au début de leur aventure, ils avaient bénéficié d'une main d'œuvre gratuite de prisonniers de guerre au titre de la reconstruction

mais,  je n'étais pas censé le savoir.

J'avais gravi un échelon de plus sur le chemin de l'estime en leur faisant part de mon admiration de plus, cela flattait leur ego. 

 

6-  La poudre d'Espelette. 

 

Je lisais dans les yeux de monsieur qu'il arrivait à saturation.

Comme il avait le sens de la formule, il murmura cette phrase qui clouât le bec au quarteron :"çà doit être triste une tombe sans aucune visite et sans fleurs"

Cette phrase provoqua tout soudain un immense malaise.

 

Après avoir prononcé cette phrase presque prémonitoire, le temps se fâcha soudainement, ce qui est fréquent en bordure de l'océan.

Le vent souffla si fort qu'il faillit arracher les moumoutes des messieurs, et ébranler les coiffures-échafaudages de ces dames. 

Une humidité due aux entrées maritimes nous envahit.

Monsieur & et moi restâmes  stoïques.

Nos invités prirent "la poudre d'escampette" et décidèrent de lever le camps aussitôt. Avec un large sourire monsieur me dit:" ouf  nous sommes sauvés par le gong ..le gong du large".

Oui dis-je , ils ont pris la "poudre d'Espelette"...

The mystery Butler | Jules mountbrion

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