" Un Bogoss capricieux "

Episode 2

9- Un réveil difficile 
Le premier matin, après avoir dressé le petit déjeuner, étonné de ne pas voir arriver Charles-Michel je poussai précautionneusement la porte de sa chambre. 
Quelle ne fut pas ma surprise de le trouver nu, affalé sur le tapis de sa chambre, baignant dans une marre d’urine et de vomi. C’était un spectacle ragoûtant, d’une puanteur nauséabonde. 
J’avais reçu un enseignement complet en école hôtelière, cependant je n’avais pas reçu de formation pour faire face à ces aléas de la vie.
J’avoue que j’avais vécu des situations particulières, aujourd’hui c’était une première ! 
Un grand ado à poil dans ses défécations. 
J’aurais pu refermer la porte, me dire : « Ce n’est pas mon problème », j’ai fait le choix de gérer humainement cet accident en lui portant assistance comme un samaritain aurait pu le faire. 
J’ouvris les fenêtres, j’aérai la chambre, je récupérai sur la terrasse un fauteuil en plastique que j’installai aussitôt sous la grande douche chaude que je fis couler. 
A cet instant j’étais comme un secouriste qui doit prendre rapidement les bonnes dispositions.
J’utilisai donc une méthode douce mais persuasive essayant de ne pas blesser son amour-propre. 
Il se laissa guider comme un petit gosse, me laissant faire. Il avait beaucoup de mal à émerger.
Ne voulant pas être intrusif, je l’aidai à s’asseoir sur le fauteuil de la douche. La vapeur d’eau déposée sur la porte en verre masquait mon action, comme un rideau intime. 
Pendant que l’eau coulait, je roulai puis  transportai le tapis nauséabond sur le balcon. 
Dans l’urgence, je ventilai sa chambre, j’utilisai les serviettes et les draps pour effacer cette pollution et essayer tant bien que mal d’effacer les traces sans l’offusquer.
Puis, je m’esquivai m’occuper des trois autres.
 
10- Le petit déjeuner 
J’avais soigneusement dressé la table du petit déjeuner, le plateau était garni d’une salade de fruits frais, de jus maison, de viennoiseries, d’une baguette tiède, de yaourts, de jambon à l'os, des journaux du jour et de café lyophilisé...
C’était la première fois que je servais un petit déjeuner dans des assiettes en carton et des bols ébréchés.
Ayant cerné un peu les loulous,  je n’avais pas l’intention à cet instant de me faire engager. « Chat échaudé craignant l’eau chaude". 
Je restai dans l’office pour petit déjeuner tranquillement lorsque les trois naufragés de la nuit firent surface, me remerciant pour notre attention. 
Charles-Michel les rejoignit affichant un large sourire. Il vint me chercher dans l’office, me priant de m’asseoir avec eux.
Je m’assis un peu gêné, il n’est pas dans les usages d’un majordome de s’asseoir avec ses maîtres. 
Tout les quatre me firent des éloges sur nos prestations et pour avoir su faire face calmement à tous leurs frasques...
L’enveloppe promise fut très généreuse, beaucoup plus que prévue. J’emportai avec moi les dernières ordures ménagère puis, je quittai l’appartement par la porte de service. Ouf, je respirais enfin, après une longue et surprenante journée de 19 heures. 
Je m’arrêtai chez Carette, fameux salon de thé de la place du trocadéro, pour déjeuner avec des sandwiches au pain de mie et boire une tasse de thé vert attendant l’arrivée de mon collègue.
Quelques minutes plus tard, quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver Geoffroy avec Charles-Michel. Pendant notre brunch improvisé, il me proposa de rester à son service le temps de l’aider à organiser son appartement. C’était un vaste programme pour moi. Je réservai ma réponse pour plus tard. 
Finalement, je fus engagé lors d'une discussion de marchand de tapis, "officieusement" avec une période d'essai qui durera et se terminera à mon initiative au bout de huit mois, huit mois intenses.
Ses amis naufragés de la nuit avaient été très persuasifs, ils avaient été mes avocats, me permettant d’entrer au service de cet attachant, mais capricieux gamin. 
Je pense que mon attitude à leurs égards avait dû pencher en ma faveur. 
 
11- Jules travailleur clandestin
 
Presque tous les matins, après avoir sonné, j’attendais souvent quelques minutes afin qu’il m’ouvrit la porte.  Il n’avait pas encore réussi à récupérer les autres trousseaux de clés auprès du précédent propriétaire, lequel était devenu injoignable depuis la signature chez le notaire.
 
Je pris donc l’initiative de faire changer par une entreprise spécialisée en serrurerie et sécurité, tous les verrous de toutes les portes d’entrées, la terrasse, les fenêtres, sans oublier les caves et les garages. 
Je savais pertinemment qu’à Paris les appartements des quartiers chics étaient souvent cambriolés par les toitures et, ou, par les sous-sols. 
Évidemment, quand Charles-Michel dut payer la note il fit un peu la tête. 
« Votre sécurité n’a pas de prix ! » lui répliquai-je.
 
 
12- Vaste(s) programme(s) 
 
Les premières semaines j’entamai les gros travaux, tranche par tranche, j’avais plusieurs importants chantiers et essentiels à organiser. 
J’attaquai sur deux fronts : la cuisine et la master suite. 
Assidu des ventes aux enchères, j’avais appris qu’un palace parisien allait être fermé pour travaux.
Le contenu des réserves et du matériel allaient être prochainement dispersé par un commissaire priseur.
Avec son accord je m’y rendis pour enchérir sur quelques lots. Pour un montant de 300 euros plus les frais, je fis ainsi l’acquisition de literies, duvets, serviettes, draps de bain, de toilettes, sorties de bain, d’oreillers, d’assiettes, platerie, couverts ainsi qu’une multitude d’ustensiles pour équiper “basiquement“ notre cuisine. 
C’était une belle acquisition, une bonne affaire à moindre frais. Plus tard, je compléterai l’installation définitive de la cuisine en fonction des événements. 
Je répartis ensuite la literie dans chaque chambre et dotai chaque salle de bain d’un linge de très haute qualité.
La belle saison approchant, j’installai sur l’immense terrasse des bacs dans lesquels je plantai des pieds de tomates, aubergines, poivrons, légumes, plantes aromatiques, fruits rouges et de nombreuses fleurs.  Cet espace eut un succès phénoménal, surtout pour les butineuses de service qui nous honoraient de leur fidélité. 
Comme je l’écrivais plus avant, la cuisine n’était dotée que d’un équipement basique et sommaire. 
Je complétai les achats effectués à l’hôtel des ventes par un équipement standard : celui d’une ménagère classique en acquérant quelques ustensiles, ainsi qu’une coutellerie et des écumoires lambda.
Je dotai la cuisine d’une épicerie basique, les placards d’une mise-en-place courante, enfin je remplis les réfrigérateurs en boissons et nourriture de tous les jours.
L’ancien propriétaire avait laissé ou oublié quelques caisses et cartons remplis de verres et d’un service de table très élégant. L’art de la table aboutit dans un seul et unique placard.
 
13- Garde-robe et penderies 
 
L’ancien occupant n’avait pas eu de personnel à son service, aussi l’entretien général laissait très largement à désirer. J’équipai l’appartement d’un matériel adapté à cette grande surface dont un aspirateur dorsal qui me permettait d’être mobile et rapide. L’aspirateur étant jaune avec des lanières noires Charles-Michel m’avait affublé du surnom de la guêpe, je lui répondais : « Attention à mon dar, je pique. »
Compte-tenu de l’immense surface, je recrutai à temps partiel une femme de ménage qui était d’une efficacité redoutable pour m’aider. 
Concierge dans une loge toute proche, elle était avec moi trois jours par semaine. Elle m’assistait également lors des repas de copains avec Geoffroy. 
Concernant les dîners de copains de Charles-Michel c’était très souvent des dîners rock n’roll : "table-ouverte" de 6/8 couverts. Il était fréquent que le repas préparé pour six ou huit fut partagé entre 10 ou 15, voire plus.
N’étant pas prophète, je n’avais pas le pouvoir de multiplier le pain et les poissons comme Jésus le fit en son temps. 
 
Les baies vitrées, les miroirs, les portes en verre étaient nettoyés deux fois par mois par un laveur de vitres, lui aussi d’une efficacité redoutable. Il agitait sa raclette comme la baguette d’un chef d’orchestre avec élégance et facilité. 
Petit à petit des déménageurs apportèrent des cartons qui révélèrent quelquefois bien des surprises. Ces livraisons qui s’étalèrent sur trois mois me déstabilisaient à chaque fois, remettant en question le rangement du dressing. 
La troisième livraison fut le dernier arrivage. Je pus dès cet instant organiser son dressing rationnement.
En déballant ses souvenirs je découvris que ce grand gosse avait conservé tous ses vêtements depuis son adolescence jusqu’à ce jour. Il en prenait soin comme du carton de jouets “dinky toy” que j’avais remarqué parmi les cartons. 
Je découvris au travers des ses souvenirs, un personnage différent, attaché au passé, conscient de l’instant présent, mais un avant-gardiste. Je n’allais pas tarder à en savoir plus, à en découvrir davantage. 
 
 
14 - L'organisation de sa résidence fut difficile et fastidieuse,
Charles-Michel était une personne qui avait une mémoire d'éléphant, il aimait avoir à portée de vue tout ce qu'il possédait. Il avait horreur d'ouvrir son porte-monnaie pour rien, il pratiquait les petites économies au bénéfice des gros investissements.
Ses achats étaient souvent compulsifs et inappropriés.
Son dressing était partagé en deux : l’été et l’hiver.
Etonnant pour une personne qui portait presque toujours les mêmes vêtements.
Mesurant presque 1.89 il était beau gosse, mais avait un cul flasque sans relief, particularité anatomique qui le complexait. Il n’était pas dans mes prérogatives de m’immiscer dans ce détail fessier. 
Un matin, je l’entendis pester seul face aux miroirs de son dressing. Soucieux de son image, son cul le préoccupait. Il sollicita mon avis. 
Je lui répliquai que je n’étais pas particulièrement attiré par les culs des mecs. 
« Mais toi, à ton âge t’es sexy, tu te portes bien. » me dit-il. « Oui mais je porte un jean’s Tuffery. », lui répondis-je. 
Il ne connaissait pas encore cette entreprise cévenole presque bicentenaire située en Lozère, dirigée par une famille remarquable. Pour la première fois de ma vie j’ôtai mon jean’s devant mon boss qui l’enfila aussitôt. 
Il était un peu court pour lui, mais il se trouva à l’aise et sexy, ce qui était l’essentiel. D’ailleurs il ne m’a pas vraiment laissé le choix en le gardant sur lui. Quelques semaines plus tard il reçut ses jean’s à la bonne longueur, la juste taille. 
 Les couturiers avaient taillé et réussi, sur mes directives, à modeler l’étoffe pour qu’elle s’adapte à son corps, à sa grande satisfaction. ...

The mystery Butler | Jules mountbrion

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